Défaillances systèmes

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4 minutes

“Journal d’un AssaSynth” semble avoir largement conquis le public des fans de SF. Au point d’avoir eu droit à son adaptation en mini-série en 2025. La première de ces novellas, “Défaillances Systèmes”, a été publiée par Martha Wells en 2017, qui a par la suite enchaîné les sorties au rythme d’un titre, voire plus, par an. Bref, célébrée par un Hugo, un Nebula et Locus (*), il devenait quasi nécessaire que je me risque à cette série.

(*) Obtenir l’un de ces prix n’est pas un gage de qualité, mais obtenir les trois… ça doit quand même pas être si nul !

À texte court, chronique courte et sans trop de circonvolutions : c’est effectivement aussi fun que vite lu, et suffisamment intéressant pour que j’envisage d’avaler la suite au plus vite ! AssaSynth, puisqu’il s’agit du nom qu’il s’est lui-même donné, est un narrateur au cynisme jouissif qu’on suit sans peine dans son boulot de tous les jours, prendre soin de ces idiots d’humains ! Il n’y a qu’un petit souci. Un vrai cyborg n’est pas censé avoir d’états d’âme, ni trouver les humain idiots.

“Ne pas mettre à jour…”

AssaSynth n’est pas n’importe quel genre de cyborg. Il est une “SecUnit”, et comme ses semblables, il est à louer, et n’a qu’une fonction limitée. Quand il voyage, on le met en soute avec le matériel. Et quand on le débarque en mission sur une planète inconnue, on s’attend juste à ce qu’il fasse usage de son arsenal si un danger alien se présente. À chaque retour de mission, on le radoube, on lui prend ses fichiers mémoriels et on le remet à zéro pour la prochaine mission (*). Enfin non, pas lui. Suite à un léger dysfonctionnement, il a acquis une conscience, un libre-arbitre. Et aussi une addiction aux séries télévisées. Des détails que la compagnie qui le loue ignore, ce qui lui va très bien.

(*) Oui, la compagnie qui le loue à des missions d’exploration scientifique a une éthique en matière de cloisonnements des informations. C’est d’ailleurs la seule matière où elle semble faire preuve d’éthique.

Bugs

En effet si les clients ou la compagnie s’apercevaient de son léger bug, cette dernière ne tarderait pas à le patcher. Et là, fini le libre-arbitre et les heures passées à se gaver des bêtises que les chaînes de divertissement de l’avenir semblent continuer à produire et diffuser. Un bonheur proche de s’achever avec cette mission “de routine” dans laquelle le lecteur se retrouve plongé en moins de deux paragraphes. Et dont le côté routinier va rapidement s’effacer, au grand dam de notre unité de sécurité, mettant en danger tout autant son secret que l’équipe d’humains, moins idiots (*) que d’habitude, dont il a la charge.

(*) On va même dire qu’il les aime bien ! C’est pas aussi romanesque que les séries qu’il regarde, mais suivre leurs petites histoires le distrait.

Exécution

Pas de décors exotiques “foisonnants”, pas de worldbuilding “vertigineux” et pas trop de surprises dans le déroulé de l’intrigue. Martha Wells nous livre ici un récit d’action, à l’humour mordant, sans temps morts et sans chichis. Ça défouraille sec, ça rebondit quand il le faut, ça pose son univers par petites touches. La grande force du récit lui vient donc surtout de son narrateur, au ton faussement détaché alors qu’il mitraille les méchants, ainsi qu’aux petits apartés condescendants (*) avec lesquels il ponctue son récit.

(*) Loin de se cantonner aux humains ou à la compagnie à laquelle il appartient, notre AssaSynth sait aussi se moquer de lui.

On ajoutera aussi que l’autrice ne s’est pas encombrée de questions philosophiques. Si le statut des cyborgs, sous humains jetables au destin peu enviable, est bien sûr esquissé, il n’est pas plus au centre de l’histoire que de celui des préoccupations de notre AssaSynth. On verra ce qu’il en sera dans les suites.

Au final…

Vous avez aimé la série des films King’s Man ? Un Robocop capable de faire des saltos arrières, ça vous tente ? Blade Runner, pour vous, c’est bien mais c’est quand même trop cérébral ? Si vous avez répondu oui à au moins deux (*) de ces trois questions, et que vous aimez lire aussi pour vous distraire, je ne peux que vous recommander de vous lancer dans “Défaillances Systèmes”. Vous ne devriez pas être trop déçu, et au pire c’est assez vite passé. Et puis vous pourriez aussi, tout comme moi, adorer ça…

(*) Pour ma part, je ne trouve pas Blade Runner trop cérébral. Non, comme ça, juste pour dire…


Fiche JKB

  • Genre : “Je suis un cyborg tueur et cynique, mais quand même sympa !”
  • Wow Level : 5/10. Ah là, on est dans le basique, rien de vertigineux, c’est juste bien fichu.
  • Note personnelle : 7.5/10. Drôle, ne prend pas le lecteur pour un bêta, mais c’est trop court !
  • 110 pages lues à la vitesse de l’éclair : l’autrice sait aller à l’essentiel, avec un style admirable.
  • Probabilité de relecture : 51%. Genre “sur la plage”, si je m’ennuie.

Titre original :

Pushing Ice

2005

Couverture :

Chris Moore

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2 réponses à “Défaillances systèmes”

  1. Avatar de Baroona

    “On verra ce qu’il en sera dans les suites” : je préfère te prévenir que ça reste globalement AssaSynth-centré. Mais ça n’empêche pas les textes d’être toujours aussi plaisants à lire !

    1. Avatar de JacK Barron Reads
      JacK Barron Reads

      J’ai cru comprendre que ce serait le cas, mais je dois dire que ce questionnement ne m’obsède pas : je veux des guns !

      PS : merci !

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