L’étoile et le fouet

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Dans ce futur, très légèrement esquissé, qui sert de décor à cette histoire, l’ensemble des sentients de la galaxie, la CoSentience, s’est doté d’une agence chargée de régler les gros problèmes créés par les gouvernements qui dérapent : le Bureau des Sabotages. Ses émissaires n’ont pas automatiquement les pleins pouvoirs sur les mondes sur lesquels ils débarquent, mais pas loin. Grâce à la technologie des Tarprisiotes, ils peuvent communiquer instantanément avec leur siège central depuis n’importe quel point de l’univers. Et comme tout un chacun, ils peuvent aussi se déplacer presque n’importe où grâce aux tunnels « S’œil », une technologie des Calibans à laquelle personne ne comprend rien (*), mais qui est bien pratique quand on cherche à maintenir active une fédération de systèmes stellaires.

(*) Avant les Calibans, on se déplaçait en vaisseaux supra-luminiques, mais c’était moins fifou. Et plus lent. Et plus cher, sans doute…

“L’étoile et le fouet” est un roman de Frank Herbert qui a été publié en 1970, mais qui m’a donné l’impression d’avoir été écrit… avant. Et pour tout dire, je l’ai lu avec l’impression de lire un roman de Robert Sheckley : un poil humoristique, jonglant avec des concepts sciences-fictifs et d’autres à la limite de l’absurde. Bref, un livre surprenant et un peu décevant que j’ai malgré tout fini en peu de temps, sans éprouver un réel déplaisir mais sans grand enthousiasme non plus.

Menace sur l’Univers

L’intrigue nous invite à suivre l’agent McKie, un humain qui officie pour le Bureau des Sabotages, et qui enquête sur une série d’hécatombes ayant touché de nombreuses planètes. Seule indication : ces morts semblent en rapport avec la disparition de certains Calibans. Vraiment ? Pourquoi ? Comment ? Impossible de le savoir en interrogeant ces derniers. Même sans cette disparition, communiquer avec eux a toujours été difficile. Sans réelle présence physique dans notre univers, cette espèce extraterrestre, plus ou moins télépathe, reste en effet la plupart du temps incompréhensible (*). Bref, une enquête qui piétinait avant que ne commence le roman, mais dont le rythme va s’accélérer lorsque McKie est contacté par son supérieur. Une Sphère Calibane, un peu cabossée, vient d’être retrouvée sur une plage de la planète Cordialité. Si elle est occupée par l’un de ces aliens, comme le croit le Bureau, c’est bien là que pourrait se dérouler la prochaine catastrophe.

(*) Du coup, obtenir leur accord pour utiliser leur technologie « S’œil » a dû coûter pas mal de neurones aux négociateurs !

Sérieux !?

Arrivé instantanément sur place, Jorj X. McKie, notre Saboteur très spécial, va forcer l’ouverture de la Sphère, s’y introduire et rencontrer celle qui se présente sous le nom de Fanny Mae ! Dernière Calibane, embringuée, suite à ce qui ressemble à un malentendu, dans le pire et le plus tordu des complots. Le pire, car il a pour but l’anéantissement de toute vie, ou presque, dans la galaxie. Le plus tordu, parce que… Fanny Mae a accepté une sorte de contrat avec une humaine : se faire fouetter jusqu’à ce que mort s’ensuive. Une mort qui entraînera dans le néant l’ensemble des sentients ayant jamais emprunté l’un de ses tunnels S’œil (*). Mis au courant et pas moins sonné que le lecteur, l’agent réalise ce que personne n’avait compris. À savoir que les tunnels S’œil passent en fait “à travers” les Calibans, intriquant définitivement leurs utilisateurs au destin du Caliban qui leur a servi pour le voyage. Un pas de géant dans son enquête pour notre Saboteur, mais au prix d’un effort qui n’est pas loin de lui coûter sa santé mentale. Tout comme celle du lecteur, d’ailleurs.

(*) Arrêtons-nous un instant pour respirer… Oui, c’est du grand n’importe quoi ! Et plutôt deux fois qu’une. Qu’importe, on continue !

Car, voyez-vous, les Calibans, outre qu’ils n’ont pas réellement de corps (*), ne semblent pas vivre tout à fait dans les mêmes dimensions de l’univers que les autres sentients. Et autant dire que, quand un être ne perçoit ni l’espace ni le temps comme vous, lui demander comment éviter la fin du monde n’est pas un exercice si facile. Surtout quand vos tentatives de dialogue se voient régulièrement interrompues par des séances de coups de fouet, infligés par un alien auquel Fanny a offert un accès S’œil à sa Sphère.

(*) Fanny n’est qu’une lueur rougeâtre qui dégage de la chaleur.

On a perdu la notice /Lost in translation

Pourquoi se laisser infliger un tel traitement par un Palanki, cet extraterrestre aux centaines de pattes mais qui n’a qu’un seul bras ? Qu’a donc à gagner Fanny Maedans ce pacte passé avec Mliss Abnethe, cette humaine qui cherche à génocider à tout-va mais que la souffrance d’autrui horrifie ? Des questions, ou des énigmes, que McKie va tâcher d’éclaircir au fil d’une enquête échevelée et maboule, pour sauver la pauvre Fanny et la CoSentience (*). Laissant en suspens deux gros soucis : pourquoi un fouet ? Et pourquoi, au nom du trou noir au centre de la galaxie et de tous les démons de l’enfer, Fanny Mae ? Seul nom normal dans cette histoire de fous…

(*) Oui, tel un héros de la SF classique : sauver la femme, même alien, et l’univers !

Plusieurs critiques de la version française soulignent le travail du traducteur, qui a dû souffrir : rendre et interpréter les mots de l’incompréhension elle-même, il y a sans doute plus simple ! L’édition que j’ai lue ne comporte ni préface ni notes du traducteur et, sans les explications d’un spécialiste de l’auteur, que j’ai sollicité après ma lecture (*), je n’aurais pu vous faire la recommandation suivante : faites de Wikipédia et de DeepL vos amis durant cette lecture. Certaines des références et des doubles sens du texte original méritent d’être approfondies.

(*) Merci monsieur l’Épaule d’Orion ! Serviable, précis : je lui ai même piqué une formule pour l’inclure dans ma conclusion.

Au final…

Comme on l’a vu, on aura tout intérêt à prendre ce livre comme une sorte de conte philosophique sur les difficultés de communiquer plutôt que comme un thriller futuriste. Mais même ainsi, il a été assez difficile à votre serviteur d’y prendre plaisir comme il le ferait avec une nouvelle de Fredric Brown ou un roman de Sheckley sur le même thème. La faute en revient sans doute à un manque de contexte, mais aussi à un texte qui joue énormément sur les pièges du langage et dont les subtilités ne passent peut-être pas toutes la barrière de la traduction. Dans sa langue originale et à l’époque de sa publication, l’exercice littéraire a su séduire certains lecteurs (*), mais il peine aujourd’hui à se hisser à mes yeux au niveau d’œuvre génialissime-trop-bien-il-faut-la-lire. On ne s’y ennuie pas, certes, et si l’on n’a pas déjà soupçonné la révélation qui précède le dénouement, on pourra même la trouver plutôt ingénieuse. Pourtant, en l’état, il m’est plus que difficile d’y voir autre chose qu’une œuvre mineure d’un auteur pourtant majeur et qui ne m’a guère convaincu d’en savoir plus sur cet univers avec sa suite,“Dosadi”.

(*) J’ai lu des critiques qui en font un livre incontournable, et même des analyses qui y trouvent des concepts que je n’avais pas un seul instant imaginé ! La possibilité que je sois une grosse buse n’ayant rien compris à ce livre subsistera, donc…

Pour finir, si vous êtes membre du fan-club d’Herbert et pensez que je mérite l’enfer (*), pour avoir dit du mal de ce livre, lâchez-vous dans les commentaires, ils sont là pour ça !

(*) ou à tout le moins une bonne centaine de coups de fouet…


Fiche JKB

  • Genre : De l’impossibilité de communiquer/pastiche philosophico-comique SF
  • Wow Level :3/10. Rien ne m’a renversé. Allez… la communication Tarprisiote, c’est fun !
  • Note personnelle: 4.5/10. C’était pas déplaisant, c’est un peu marrant, mais bof, ça n’a déclenché aucune réflexion profonde chez moi.
  • ~ 160 pages. Plus, ç’aurait été inutile. Le texte est même présenté comme une nouvelle dans un omnibus.
  • Probabilité de relecture :0% Si je suis passé à côté, tant pis !

Traduction : Guy Abadia

Titre original :

The Whipping Star

–

1970

Couverture :

Jackie Paternoster

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