L’étoile de Pandore 1

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7 minutes

Le premier tome d’une série par Peter F. Hamilton

“Allons‑y pour un peu de space-opera moderne !”, me suis-je dit à l’heure de commander mes livres de vacances. J’aurais pu tenter la lecture d’un roman de Reynolds, venant de lire un dossier sur lui dans Bifrost, mais allez savoir pourquoi(*), j’ai commandé deux livres de Peter F. Hamilton, dont celui-ci. L’auteur est assez prolifique et semble pas mal plaire, vu le nombre de volumes traduits et publiés en français par Bragelonne.

(*) Parce qu”aucun roman de Reynolds n’était disponible d’occasion. Je me suis donc rabattu sur le site d’Apophis, cf. infra.

Aldébaran – Gare centrale : Terminus Cosmos !

Et effectivement passé le prologue, on est bien dans le “space-opera” : avec des voyages par trous de vers ! Non, mieux : une société interstellaire toute entière basée sur une myriade de trous de vers ! Une kyrielle de planètes reliées par des voies ferrées et des trains(*) passant à travers ces raccourcis dans l’espace-temps comme on traverse de vulgaires tunnels ! Et dans ce futur du XXIVème siècle radieux, où rien n’étonne plus personne, se produit l’impensable qui surprend tout d’abord la communauté scientifique, puis tout le monde connu : deux étoiles très lointaines ont disparu comme dans un claquement de doigts ! Un événement du type “accident astronomique quasi-impossible”, ou alors la marque d’une technologie alien très, mais vraiment très avancée, les deux étoiles semblant avoir été mises sous cloche(**) ! Et c’est donc assez normalement que s’organise une expédition chargée de se rendre sur les lieux du mystère et de tirer tout cela au clair.

(*) D’où le titre de cette section : Trains. Gares. Rigel. Cosmos. Et oui, c’est aussi une pitoyable tentative de faire référence à un album de Valérian…

(**) D’énormes cloches. Genre : de la taille de leurs systèmes. Avec toutes les planètes dedans !

Contexte connu : l’espace, c’est pareil, juste plus grand !

Avec un tel préambule, on pourrait s’attendre à un roman de hard-SF(*), et pourtant, pas vraiment ! Passé cet événement, l’intrigue semble prendre une voie des plus normales avec des humains des plus normaux eux aussi. Enfin, normaux… des humains ayant accès au rajeunissement et donc à une longévité extraordinaire, mais qui gardent des motivations plutôt familières pour un lecteur du XXIème siècle. Il y a, par exemple, presque six cent planètes de colonisées, mais les gens y roulent pourtant encore en Cadillac ou en Mercedes. Enfin, ceux qui en ont les moyens, et sur les planètes les plus civilisées, car cette société du futur, le “Commonwealth”, a tout d’un empire ploutocrate, dans laquelle règnent les inégalités, entre les gens comme entre les planètes. Un état de fait gommé par l’enthousiasme général, partagé à tous les échelons : il est impératif de coloniser d’avantage de planètes, afin de produire d’avantage pour, évidemment, s’enrichir d’avantage ! Une société du futur qui ressemble aux USA période “années Reagan”, mais qui, avec l’avantage d’être largement plus étendue, fonctionne plutôt bien !

(*) Ok, ça parle de trous de vers et de planètes qui disparaissent, mais pas besoin d’un doctorat en astrophysique pour suivre.

Mise en scène

Sept cent pages d’un premier tome, pour une série en comptant quatre, on en est bien sûr qu’à la mise en place de cet immense space-opera !

Il faut dresser le décor : six cent planètes, paradisiaques pour certaines, dangereuses pour d’autres !

Poser des enjeux : des gens, le gouvernement et la société propriétaires des trous-de-vers, veulent aller voir de plus près ce qui est arrivé à ces deux étoiles. Alors que d’autres, une sorte de secte de terroristes, trouvant l’entreprise potentiellement très dangereuse, tentent de s’y opposer !

Il faut introduire et présenter les personnages : le livre s’ouvre, à l’instar de ces fascicules qu’on vous distribue à l’opéra, avec une liste de personnages qui prend presque trois pages !

Il faut maintenir l’intérêt du lecteur : outre le fil principal qui s’articule autour de la préparation de la mission, et le fil secondaire narrant les péripéties des terroristes décidés à la stopper, Hamilton nous propose aussi de suivre deux sous-intrigues, basées sur des personnages un peu moins interchangeables que les autres(*).

(*) En grossissant le trait, disons que les héros sont nombreux et stéréotypés. Et que les terroristes sont tous allumés, déterminés et prêts à mourir.

Les enquêtes

Poursuivant le chef des terroristes depuis plus d’un siècle, inspectrice redoutable d’une sorte de police fédérale, froide et calculatrice, telle est Paula Myo que l’on suit lors de ses enquêtes, en rapport plus ou moins direct avec le fil principal. Sans nul doute, elle et ses affaires finiront pas se révéler essentiels lors des volumes ultérieurs, mais à ce stade, ces aventures policières ne m’ont semblé là que pour offrir au lecteur quelques moments de distraction(*) ! Bienvenus et excellents au demeurant !

(*) J’exagère, hein !? Elle poursuit tout de même le méchant en chef, l’affreux gourou des saboteurs. Je me réjouis de découvrir son rôle exact !

Reste pour finir l’enquête menée par Ozzie Fernandez Isaac, l’illustre inventeur de la technologie des trous-de-vers, qui tente de lever lui aussi le mystère des “étoiles sous cloches”, mais en cherchant des indices auprès d’aliens, les Sylfaens, qui pourraient bien en savoir plus qu’ils ne veulent le reconnaître. Une quête plus qu’une enquête d’ailleurs, lesdits aliens ne se rencontrant que sur quelques planètes, sur lesquelles la technologie humaine tombe systématiquement et mystérieusement en panne, comme par magie…

Faunes de l’espace

Oui, un space-opera sans aliens serait en effet possible, mais on y perdrait justement en magie, et c’est donc tout naturellement qu’on en croise quelques représentants dans ce premier volume. Comme ces Sylfaens, qui, sans la moindre technologie apparente et sans qu’on sache comment ont colonisé quelques planètes et dont Ozzie semble convaincu qu’ils ne sont pas sans rapport avec les elfes des légendes terriennes(*). Et il y a aussi ce mystérieux vaisseau intelligent et vivant, l’Ange des hauteurs(**), d’origine extra-terrestre et qui abrite en son sein (c’est un vaisseau énorme) toute une ménagerie d’autres extra-terrestres, plutôt serviable mais peu enclin à expliquer ses motivations ou même sa présence au sein de l’espace contrôlé par le Commonwealth.

(*) Si ! À part pour le bas de leurs visages, ils y ressemblent, en effet ! Et ils chantent, en plus ! Ils chantent tout en gambadant dans les bois ! Ah, si c’est pas des habitudes elfiques, ça !

(**) Le plus gros mystère à propos de ce vaisseau, pour moi, c’est son nom : une référence aux vaisseaux de la Culture de Banks ?!

Au final !

On l’aura compris, on est face ici à de la SF abordable, débordant d’idées mais parfois aussi de poncifs, qui n’hésite pas à mêler sans retenue des thèmes assez disparates. Résumé comme je l’ai fait, ça semble un peu foutraque, mais c’est en fait généreux en action, plein de rebondissements et pensé pour être sacrément distrayant. Et ça l’est ! Alors, certes, on peut trouver qu’il y en a trop et se retrouver submergé, mais on peut aussi comme moi bien s’amuser, en prendre plein les yeux, en attendant que la suite tienne les promesses faites lors de ce premier volume. La fin, en effet, laisse présager d’une évolution assez intéressante pour la suite de l’intrigue.

Bref : Vous aimez les longs récits, les intrigues politiques et policières ? Vous aimez la SF qui ne se perd pas en explications scientifiques ou vous êtes adeptes d’heroic-fantasy ? Vous cherchez une grande série, à grand spectacle et sans prise de tête ? Eh bien, tentez donc l’aventure avec ce premier tome, si je vous ai déjà convaincus, ou repassez par ici voir ce que je penserai des suites. Parce que, personnellement, tout cela m’a tout de même persuadé de poursuivre cette série !


Fiche JKB

  • Genre : Space-opera/enquêtes astronomiques et policières.
  • Wow Level : 6/10. Un univers très “SF hollywoodienne”. Mais avec des trous de vers.
  • Note personnelle : 6/10. C’est distrayant, mais c’est bavard et un peu brouillon.
  • Presque 700 pages : l’auteur sait y faire, ça se lit vite. Attention, la traduction pique un peu les yeux.
  • Probabilité de relecture : Non. Ce n’est pas nul, mais c’est troooop long.

Titre original :

Pandora’s Star

2004

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