Au carrefour des étoiles

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7 minutes

Par Clifford D. Simak

Un roman qui marque ma première rencontre avec cet auteur que je n’avais jamais pris le temps de découvrir. Considéré comme incontournable, Clifford D. Simak a été honoré d’un prix Hugo en 1964, pour ce roman à la trame classique(*). J’avoue avoir passé un bon moment en le lisant, même s’il ne m’a pas plus transporté que ça ! C’est simple à suivre, un doctorat de physique n’est pas nécessaire pour en comprendre la partie “science” et c’est au final un texte plein de bienveillance !

(*) Le problème avec les œuvres majeures qui accusent plus de cinquante ans, c’est qu’elles ont souvent l’air classique, simple et cliché. L’air seulement, car elles sont souvent à l’origine même de thèmes repris par la suite par d’autres auteurs ! Classique.

Contexte

À l’époque où Simak écrit ce roman, la tension internationale était qualifiée d’extrême entre “les deux blocs”, engagés dans un bras de fer depuis des années : Baie des cochons ; crise des missiles de Cuba(*) ; l’URSS et ses menaces sur Berlin ; missiles nucléaires américains en Europe. Une période de joie remplie d’allégresse pour les jours heureux à venir, en somme !

(*) Anecdote : une trentaine d’années plus tard, les experts stratégiques des deux bords qui conseillaient les politiques, et qui mesuraient alors les risques, se sont réunis pour en parler, et se sont aperçus, avec effroi, qu’ils avaient été plus proches de tout faire péter qu’ils ne l’avaient cru.

C’est aussi la fin d’une certaine forme de SF(*), et le moment où les auteurs du genre s’engagent dans une littérature plus tournée vers la réflexion que l’action. Tout comme Enoch Wallace, le héros du roman, qui après avoir été un temps soldat semble, depuis qu’il s’occupe de son “relai”, bien plus porté vers la philosophie.

(*) Celle qui perdure aujourd’hui avec Star Wars : Bziiiiit fait le pisto-laser ! Crash-bang fait le vaisseau qui explose dans l’espace !

“Nous avons trouvé l’homme qu’il fallait…”

N’ayant connu que sa demeure familiale, perdue dans un coin du Wisconsin, Enoch y est revenu à la fin de la guerre, décidé à vivre le plus normalement du monde, en paix. Ayant enterré ses parents sur le terrain de sa propre demeure, comme cela se faisait à l’époque, il est un homme ayant raté l’opportunité de trouver l’amour qui vivote dans la solitude lorsqu’un jour se pointe le basculement de sa vie sous la forme d’un personnage dégingandé à la démarche étrange. Humain isolé des siens dans une région reculée, l’alien(*) lui apprend qu’il est le gardien de relai idéal que cherchait depuis quelques années le Central Galactique. Un simple opérateur chargé de presser des boutons sur un appareil servant de relai dans un système de téléportation et qui aurait comme tâche subalterne de se montrer prévenant avec les visiteurs venus de toute la galaxie. Un aubergiste. Il a accepté. C’était au lendemain de la Guerre de Sécession.

(*) Ça parait clair, non ? “personnage dégingandé à la démarche étrange” !? Un humanoïde dans un costume d’être humain, quoi !

Ce n’est pourtant qu’au bout d’un siècle que ce marché secret finit par être mis en péril. Forcément, quand on affiche une trentaine goguenarde alors que tout le voisinage vous sait plus que centenaire(*), ça finit par faire jaser. Même dans une campagne reculée où chacun sait s’occuper de ses affaires, les langues finissent toujours par se délier au bistrot du coin.

(*) “Marché secret”, j’ai été limpide : en échange d’une vie à part de l’humanité, Enoch ne vieillit plus. Je signe de suite, moi !

Et là, c’est la catastrophe !

Parce qu’au bistrot du coin, il est possible que parmi la foule, tel un citadin venu prendre l’air de la campagne ou voir un cousin éloigné, se trouve un agent de la CIA. C’est rare, je veux bien le concéder, et ça n’arrive presque jamais(*), mais pas de bol pour Enoch, c’est bien ce qui s’est passé ! Et un agent de la CIA, ça fouine. Et ça finit, évidemment, par tomber sur quelque chose d’extra-terrestre en fouinant sur la propriété d’Enoch, pas loin de là où il avait enterré ses parents mais où, depuis, se trouve une troisième tombe. C’est là que débute le livre et, pour notre héros jusqu’ici bien tranquille, là où les ennuis vont commencer à s’accumuler, jusqu’à frôler la catastrophe.

(*) Mais si ça n’arrivait pas, il n’y aurait pas d’histoire à raconter et ce livre n’existerait pas…

Le cosmos est si grand et nous si petits…

Imaginer qu’il existe des centaines de formes de vie pensantes sur des milliers de mondes, voilà de quoi envisager le monde et ses propres tracas avec recul(*). C’est en tous cas ce que semblait vouloir rappeler Simak à son lecteur. Mais dans le cas d’Enoch qui sait, sans avoir à imaginer quoi que ce soit, que les espèces pensantes de la galaxie travaillent ensemble pour assurer un réseau de transport à l’échelle des étoiles, il y a carrément de quoi envisager un avenir heureux pour l’humanité. Après tout, même si c’est par la petite porte, c’est peut-être bien grâce à Enoch que la Terre pourrait peut-être intégrer un jour la communauté rassemblée dans ce Central Galactique.

(*) Personnellement, c’est ainsi que je ne sombre pas…

Bref, les enjeux sont grands et malheureusement les humains, pour certains, se comportent petitement. Un trait de caractères malheureusement partagés par tous les êtres pensants, finalement, ainsi que l’apprendra Enoch.

Au final…

Rassemblant tous ses événements sur une très courte période, et dans un décor réduit aux alentours du de la maison d’Enoch, dans laquelle se cache le relai, “Au carrefour des étoiles” déroule une intrigue simple et efficace dans laquelle interviennent peu de protagonistes. Invité à découvrir certains de ses souvenirs, le lecteur ne découvrira d’ailleurs du cosmos que ce que les visiteurs des étoiles en auront dit à Enoch. Et c’est d’ailleurs une des réussites de ce livre, nous faire voyager par les récits et les souvenirs. Le dénouement et les détours empruntés pour y parvenir paraitront sans doute téléphonés à certains, mais pour qui a encore de la candeur, la fin reste satisfaisante même si elle fait intervenir un deus ex machina peu subtil(*).

(*) Je suis passé à côté des interprétations religieuses du livre. Il y en a. Il y a même un sous-texte religieux ou philosophique, mais ça ne m’a pas frappé plus que ça. Je manque de culture. J’ai même dû chercher qui était Enoch dans la Bible.

Bref, un moment de lecture sans prise de tête, avec quelques bons passages de réflexions sur la place la vie dans l’univers et quelques rappels sur l’imbécilité de la violence. Pas forcément le livre indispensable auquel la rumeur m’avait préparé, mais un livre tout de même sympathique à mes yeux. Si vous êtes à la recherche d’une lecture hyper-abordable et pleine de bienveillance, allez‑y !


Fiche JKB

  • Genre : Rencontre du 3ème type, dans un style naturaliste. Conte moral.
  • Wow Level : 5.5/10. Y’a rien de fou-fou. On a une bonne idée, voilà.
  • Note personnelle : 6.5/10. Je passe à côté du chef‑d’œuvre, mais j’ai quand même apprécié.
  • 250 pages écrites dans un style impeccable, facile à lire.
  • Probabilité de relecture : 50% Pourquoi pas, mais pas forcément tout de suite.

Titre original :

Way Station / Here Gather the Stars

1963

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